
Fenin : Grounded (Shitkatapult)_______________________
Paru sur un label marqué par l'electronica débridée et des productions dancefloor bien appuyées, Grounded est une des premières tentatives de Shitkatapult en direction du dub et des musiques d'ascendance jamaïcaine. Les pieds "ancrés dans le sol", son auteur Lars Fenin met en avant ses racines, son côté roots.
Musicien à Berlin depuis 1996, Fenin a d'abord fait ses armes dans un groupe de reggae live, en même temps qu'il fréquentait assidûment la scène rave de la ville et s'exposaient aux musiques électroniques.
Grounded garde clairement la marque des deux approches et élabore une tentative de fusion entre les deux : des productions de dub très digital à la Basic Channel (comme sur "Stony Road" qui tend aussi vers l'ambient) alternent avec des titres ancrés dans le reggae roots, comme "None Of Them" et "No CIA", où apparaissent les vocaux d'un toaster nommé Gorbi.
Fenin atteint sa meilleure synthèse sur les dubs cybernétiques et instrumentaux "Got it" et "South", qui possèdent son électronique râpeux et très fouillé, ou même sur le titre vocal "Thrills" et ses basses d'une rondeur parfaite. Il fait également équipe avec Mikael Stavöstrand, un producteur qui a fait ses preuves aussi bien dans l'ambient que la tech minimale, le temps du titre "Aware", une réussite qui renvoie à l'esthétique maison de Shitkatapult.
À ce stade de son cheminement musical, Fenin se place autant sous l'influence
des géants jamaïcains et américains du dub old-school que sont
On-u sound, Bullwackies, Studio 1, King Tubby, que sous celles de ses compatriotes,
experts en techno minimale, comme Trapez, Traum, Basic Channel et Chain Reaction.
Si le côté techno prend de plus en plus le dessus sur Grounded,
le double héritage est peut-être plus difficile à gérer
qu'il n'y paraît. L'ensemble de l'album souffre par moments de se trouver
entre deux mondes, et ne donne constamment pas le même sentiment d'unité
évidente que les productions Basic Channel auxquelles il se réfère.
"J'ai commencé à être fatigué des discussions sans fin dans un groupe, à propos des chansons, des concerts, des nouveaux membres, alors j'ai commencé à produire ma propre musique à partir de 1998", explique Lars Fenin. "Travailler dans mon propre studio avec différents chanteurs et musiciens me permet d'être plus flexible et expressif. Mes influences ont aussi beaucoup changé depuis cette période".
Cette position - confortable - du producteur libre de créer dans son propre studio est un autre lien qui rattache fermement Fenin aux racines jamaïcaines de sa musique. (02/09/2005) (Thibaut Lemoine)
