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Hearts Of Darknesses - Music For Drunk-Driving (Schematic)______________________________________

Amateurs de raffinement, passez votre chemin... Avec cette "musique pour conducteurs bourrés", les mystérieux Hearts Of Darknesses entrent d'emblée dans le concours du titre de disque le moins politiquement correct de 2004. Le label responsable de cette dérangeante sortie, l'Américain Schematic, rajoute une dose cynisme potache en plaçant dans ses documents de presse des déclarations telles que: "Schematic, spécialiste de la gestion des déchets industriels, a la profonde humiliation de devoir annoncer la sortie du premier album de Hearts Of Darknesses".

L'humour au 36ème degré et le mauvais goût affiché sont donc au menu, et cela colle totalement avec la musique contenue sur le disque, une sorte de breakcore épileptique qui ne laisse aucun répit à l'auditeur, à coups de rythmiques concassées, bancales et ultra violentes. Les 24 plages vont de sept secondes à un peu plus de trois minutes pour la plus conséquente et s'inscrivent clairement dans la lignée maladive des Jamie Lidell, Richard Devine, Venetian Snares et du génial Aphex Twin, un des initiateurs du genre, mais en allant encore plus loin.

Si Richard D. James -alias Aphex Twin- a créé son style en superposant ses breakbeats destructurés avec des voix enfantines ou cauchemardesques et trafiquées, Frankie Musarra de Hearts Of Darknesses reprend l'idée mais en mettant sa propre voix en avant, et ses divagations vocales doivent sans doute autant au skate punk des ados américains qu'à Aphex Twin. Dans les morceaux de Music For Drunk-Driving, les beats sont plutôt très bien foutus. Mais dès que leur construction semble donner un semblant de repères à l'auditeur, Mussara y introduit une énorme louche de malaise délibéré, en faisant entendre ses propres cris, grognements, toussotements de fin de soirée voire des pleurnichements très réalistes, triturés et amplifiés par les effets numériques. Même si l'album fait 32 minutes à peine, l'écoute suivie de l'ensemble peut représenter un challenge, y compris pour un amateur d'electronica expérimentale. Certains appellent ça drill'n'bass (drill comme une perceuse) ou parlent d'illbient, on se rapproche sans doute un peu plus du drillcore (?) ultime et carrément cinglé. L'esthétique du glitch y est poussée dans ses derniers retranchements et superposée à des références annexes qui évoquent un certain heavy metal grandiloquent par sa volonté apparente de choquer. Cet alliage représente éventuellement une nouveauté, à défaut d'être spécialement attirant ou plaisant à écouter.

Mais là n'est bien sûr pas le but de Frankie Musarra et des gens de Schematic. Hearts of Darknesses n'est d'ailleurs peut-être pas l'artiste le plus dérangé de ce label, il suffit d'aller jeter un oil sur leur site et de découvrir la pochette et le credo d'un dénommé Otto Von Schirach pour comprendre que la course au malaise organisé est loin d'être terminée. (26/08/2004) (Thibaut Lemoine)

NB: c'est distribué par Asphodel, c'est un label avec des disques qui m'ont l'air intéressants, comme celui de Christian Marclay, un ex-collaborateur de Zorn, d'ailleurs...

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