
Les Georges Leningrad : Sur Les Traces De Black Eskimo (Alien8)_________________________________________
Presque à la fin du disque, une plage de cinquante secondes laisse entendre une conversation menée en français avec l'accent chantant du Québec, sur la place de l'homme dans la nature. En dehors de petits indices de ce genre et du titre en français (Sur Les traces De Black Eskimo), difficile de deviner que Les Georges Leningrad sont issus de Montréal. Alien8 recordings, qui met en avant des artistes très variés mais toujours pointus de la bouillonnante scène de la ville bilingue, publie le deuxième album de ce groupe post-punk à la mixture étrange.
"Missing Gary", le titre qui ouvre l'album, fait penser à un exercice d'électro-clash avec ses synthés aux sons dépassés, mais dans une atmosphère funèbre et carrément glaçante : pas de quoi faire danser les boîtes à la mode, surtout avec les hurlements que pousse la chanteuse, toujours à la limite de la sortie de route. Une autre voix implore "let me drive", avant de lancer un semblant de refrain synthétique, comme si le morceau mettait en scène plusieurs personnages, à l'image de la pochette façon cartoon, mi-naïf mi-trash.
Les Georges Leningrad se décrivent comme des créateurs de "musique sadique". Poney P., vocaliste de l'extrême, dérive entre déclamation façon new-wave et différents modes d'éructation, mais chante aussi en évoquant Siouxsie Sioux ou les débuts punk d'une Debbie Harry, pour les moments plus calmes. L'esthétique crade des vocaux culmine sur le hit "Supa Doopa" et se superpose à merveille aux basses ultra lourdes, probablement synthétiques. L'homme responsable des guitares se fait appeler Mingo l'Indien, mais c'est Bobo Boutin qui tient les rênes du groupe avec son jeu de batterie hyper-énergique et un drive frénétique qui emporte même les morceaux les plus calmes. L'alliance entre ce groupe rock pseudo-classique, de faux scratchs épileptiques et des sons concrets ou improvisés crée une formule unique pour les Georges L.
Mais ceux-ci écrivent aussi des hymnes électro-punk tels "Sponsorships" ou "Supa Doopa", qui a été remixé par un autre habitant de Montréal, Marc Leclair alias l'expérimentateur house Akufen. Annoncés comme un redoutable groupe de scène, Les Georges Leningrad promettent de visiter l'Europe en tournée aux mois de juin et juillet. (17/04/2005) (Thibaut Lemoine)
