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Phon.o : Burn Down the Town (Shitkatapult)_____________

Dans la famille du Berlin électro, voici le sale gosse, ou du moins un des membres du gang : Carsten Aermes alias Phon.o, également créateur d'installations sonores, de nombreuses pochettes de disques et des concerts pour platines vinyles, publie son deuxième album de musique électronique rythmique et son premier pour Shitkatapult, un des labels emblématiques de la capitale allemande.

De ce point de vue, Burn Down The Town remplit parfaitement son contrat, même sans créer d'énorme surprise. Sur "Burn Both Of Us" ou "Ridin' Dirty", Phon.o démontre un talent certain pour les compositions dynamiques teintées de breakbeats et de restes de hip-hop. Le grain des lignes de basses rappellent les glorieux débuts du français Mr. Oizo, dans une esthétique dirty très réussie. "Melodie Per Un Passerino" rapproche Phon.o de son compatriote et collègue de label Apparat, sans pour autant avoir le même impact émotionnel, ce qui serait une performance.

Le cousinage avec Apparat n'a rien d'étonnant : Sascha Ring, l'homme qui signe sous ce nom, a mixé le disque aux côtés de Carsten Aermes. Le design sonore de la plupart des titres (comme "Bluehende Landschaften") supporte sans probèlme la comparaison avec les pionniers des beats destructurés made in Germany, Funkstörung, aujourd'hui un peu en retrait de la scène.

Une autre influence à l'oeuvre sur Burn Down The Town, c'est la tendance très fun, pas très éloignée de l'electroclash, représentée par T. Raumschmiere, créateur de Shitkatapult et mentor officiel du jeune Phon.o. De ce côté-là de Burn Down The Town, les choses sont un peu plus discutables : des clins d'oeil appuyés en direction de la hype, des titres parfois surchargés de samples vocaux pas forcément indispensables (le très mode "Kyoto Station 6 PM"). Les "vocaux" pseudo sexy en français sur "Duo Avec George W." sont quasiment rédhibitoires, pour un francophone en tout cas. En fin de disque, "Busted In Da D" pose un question plus vaste, qui dépasse sans doute le cas de Phon.o : pourquoi en 2005 utiliser des samples de halètements pornos entendus 7 ou 8000 fois ailleurs? S'agit-il de choquer (???), d'émoustiller l'auditoire ou de le faire fuir ? Mystère...

Paradoxalement, cette approche un peu limite du fun électronique produit certains des moments les plus marquants du disque, comme le single "Trick Or Treat", qui s'approche sans trop se forcer de la vulgarité assumée d'un vieux r'n'b.

Que penser pour finir des efforts variés de Phon.o sur Burn Down The Town ? Les apparitions passées de l'artiste sur un mix du label Kompakt ou comme remixeur de Peter Grummich font penser que ce bonhomme a plus d'une corde à son arc, et que des étincelles minimales sont toujours possibles, comme en témoignent certains passages du disque. En l'état, dans le genre électro délirant, l'album est plaisant bien qu'inégal, et on peut lui préférer l'album des cousins de Modeselektor (Berlin toujours, sur le label B pitch control), voire l'enregistrement du liveset donné par Phon.o pour la sortie du disque (disponible sur son site). Sans doute cette facette de la musique de Carsten Aermes gagne-t-elle tout simplement à être apprécιé en direct, sur une piste de danse surpeuplée. (04/12/2005) (Thibaut Lemoine)

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