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Room 204 : Trans Panda (Effervescence)_______________

L'ouest de la France semble posséder dans son sous-sol une réserve secrète de musique tordue. Du côté de Nantes, des musiciens sont apparemment initiés très tôt à la formule d'un rock foisonnant et en même temps minimal, dans l'aridité du son et l'instrumentation employée : une batterie en furie, une seule guitare, quelques pédales d'effets ou de répétition de boucles, plus deux pandas hurleurs comme on en voit sur la pochette du dernier Room 204, intitulé Trans Panda.

Le duo, aidé par un bassiste sur deux titres seulement, cultive comme un sport de combat l'art du break qui tue et cloue sur place. Dans ces neufs compositions à tiroirs, les guitares se dédoublent sans en avoir l'air et les futs martèlent des tempos impossibles, irréels.

En même temps, le faible nombre d'intervenants fait que l'image sonore reste toujours particulièrement nette et lisible, même si sa trame est souvent complexe.

Régulièrement, le cours d'une composition semble se figer d'un coup sur une cellule rythmique répétée en boucle, inlassablement, jusqu'à en extraire un nouveau développement de riffs enchevêtrés. Une sourde menace, parsemée de déflagrations, pèse du "Firebass", un des deux titres joués en trio, qui part ensuite dans de brusques accélérations joyeuses.

Non, ce post-rock n'est pas noir, même si hargneux. Les deux pandas furibards laissent même échapper l'une ou l'autre allusion folk-rock, comme à la fin de "Turkey", avant de repartir sur une série de montées d'intensité qui s'enchaînent comme un trompe-l'oeil pour les oreilles ("Isopar"). Sur "Flex Over", un riff robotique et sauvage s'interrompt mystérieusement, puis se relance. "Panda League" contient un improvisation débridée collée à une boucle de guitare qui tourne sans fin.

En vingt-cinq minutes haletantes, Trans Panda démontre qu'en matière de rock d'après le rock , les français n'ont pas grand chose à envier aux américains. Mieux, des groupes comme Room 204 dotent leur compositions tarabiscotées d'une fluidité réjouissante et quelques évidences pop qui font parfois défaut outre Altantique.

À l'écoute de Room 204, on pense bien sûr à ses comparses de Chevreuil, avec qui ils ont collaboré sur disque en 2003, et qui viennent de publier un "Capoëira" particulièrement combatif. Les deux groupes semblent former le centre d'une école locale des arts martiaux sonores qui devrait certainement attirer des disciples de plus en plus nombreux. (11/05/2006) (Thibaut Lemoine)

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