
Tim Hecker : Mirages (Alien8)________________________
Même parmi les musiciens électroniques, les instruments faits de bois et de cordes continuent à être une source de fascination et d'inspiration dans l'ère de la musique digitale. L'album "Mirages" publié par Tim Hecker sur le label canadien Alien8 Recordings est ainsi essentiellement composé à partir de sons de guitares, méconnaissables et défigurés par la technologie numérique.
Une des premières esquisses de Hecker sur Alien8, qu'on peut d'ailleurs télécharger sur le site du label, était une déstructuration jouissive d'un morceau rock sans finesse et typé années 90. Aujourd'hui, les six cordes de la guitare sont toujours au centre du propos du musicien, mais le résultat se situe davantage dans le domaine de la musique ambient lézardée de glitches.
Aux amateurs de rock, les onze propositions de "Mirages" évoqueront peut-être les dérives noisy de l'album "Loveless" de My Bloody Valentine, dont le côté hypnotique et obsessionnel renvoyait, dès 1991, à la musique électronique. Pour d'autres, la référence évidente et plus actuelle sera sans doute Christian Fennesz, dont le travail numérique à partir des notes de la guitare est le plus connu.
De fait, à l'écoute d'"Acéphale", la première plage de "Mirages", avec sa lente montée d'accords passée à la moulinette de plugs-ins ravageurs, on pourrait se croire dans un moment saturé et linéaire d'un live de Fennesz. En revanche, on ne trouvera sur le disque de Tim Hecker aucune des ambiances "bord de mer" développées sur le "Endless Summer" de Fennesz, clin d'oeil distancié aux Beach Boys.
Au contraire, "Mirages" est plongé quasiment de bout en bout dans une ambiance opaque, ténébreuse et presque industrielle, sans qu'aucune pulsation rythmique n'y fasse jamais son apparition. La pochette de brouillard nocturne éclairé de vert est parfaitement à l'unisson du contenu. Enregistré sur deux années à Ottawa et Montréal, "Mirages" a reçu la participation du groupe Fly Pan Am ainsi que du guitariste Oren Ambarchi. Le disque devrait intriguer puis lentement séduire et entraîner dans sa nuit tous les amateurs des artistes cités plus haut. Ambient, sans contour précis, la musique de Tim Hecker ne peut toutefois pas être considérée comme relaxante à proprement parler, elle ne s'écoutera pas de bon matin, mais plutôt très tard le soir (23/02/2005) (Thibaut Lemoine)
