Wiwili : Latitude 13°37' - Longitude 85°49' (Vand'oeuvre)___
Pour commencer, il y a le chaos. Des grésillements
de nature indéterminée se croisent et s'empilent, des évènements
brusques traversent le champ auditif. Une mer de sons monte peu à peu,
d'où émerge le battement régulier d'une batterie aux
roulements dévastateurs. A ce moment là seulement, on identifie
certains des sons environnants pour ce qu'ils sont, des rugissements d'amplis
et de guitares malmenées.
Telle est la musique voulue par le quartet français baptisé Wiwili : brute, sans académisme ni état d'âme. Michel Deltruc à la batterie et aux percussions, Hervé Gudin et Jean-Sébastien Mariage qui détournent férocement leurs guitares, plus Xavier Charles aux « haut-parleurs vibrants » et manipulations électroniques partent d'une musique a priori savante, celle du dispositif électroacoustique, et la collent sans aucun complexe au format très éloigné du groupe rock. Comme si le chanteur du groupe en question avait brusquement été remplacé par une table de mixage au fonctionnement hasardeux. Il ne s'agit résolument pas de post-rock, tant le côté plaisant ou éventuellement planant d'une musique basée sur les riffs et la répétition a été laissé de côté, au profit d'une énergie sombre puisée au cour de la free music.
Le nom du groupe lui-même se pose en revendication « libertaire », en évoquant l'interventionnisme de l'administration Reagan pendant les années 80 en Amérique centrale : sur la route menant la à ville de Wiwili, des « contre-révolutionnaires » soutenus par la CIA ont abattus, en juillet 86, trois coopérants européens qui travaillaient sur des projets humanitaires avec les Nicaraguaiens. Parmi eux, le militant français Joël Fieux, natif du Jura, tout comme Hervé Gudin, instigateur du quartet.
Celui-ci a créé son répertoire pendant une résidence à l'école de musique de Dôle, avant d'enregistrer le disque sur le label Vand'oeuvre, celui du Centre Culturel André Malraux, célèbre pour le festival Musique Action. Si les « Bonnard Monsieur Ponard » et « Camille » explosent dans un carnage free rock, des plages comme « Le Silence Des Pantoufles » dérivent lentement sur des textures concrètes où quelques notes de guitare sont réduites au statut d'objet sonores. Une frémissante union des contraires, quelque part entre le Jura et le Nicaragua du son. (26/01/2005) (Thibaut Lemoine)
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